LA PATIENCE

 

LA PATIENCE

 

 Dans l’Entrée dans la conduite des Héros pour l’Eveil, Shantideva dit :

 - « On ne saurait dominer l’ensemble des êtres insoumis infinis comme l’espace.

Toutefois, la seule destruction des pensées de colère s’apparente à celle de tous les ennemis.

Où trouverait-on assez de cuir pour recouvrir la surface de la terre ?

Mais le cuir d’une simple semelle équivaut à en couvrir la terre entière.

 

De même, je ne peux renverser le cours des choses ;

Néanmoins, si je me détourne de l’esprit d’aversion, quel besoin aurai-je de m’opposer à d’autres objets de colère ? »

 

- « Dans le cycle, la patience est cause de beauté, de santé et de célébrité ;

Grâce à elle je vivrai longtemps et obtiendrai les larges jouissances d’un monarque universel. »

 

- « Ainsi, toutes les choses sont gouvernées par d’autres ;

Pour cette raison, il n’existe pas d’indépendance.

Ayant compris cela, on ne s’irritera pas contre les phénomènes analogues à des apparitions. »

 

 - « Par conséquent, à la vue de l’activité incorrecte d’un ami ou d’un ennemi, il faut se dire :

- « Cela provient de telles ou telles conditions ! »

- « Alors que je suis en vérité frappé par le bâton, si je m’irrite contre celui qui le manie, lui aussi étant secondaire et entièrement soumis à l’aversion, il serait correct de me fâcher contre elle. »

 

 - « Auparavant, j’ai accompli des méfaits semblables envers les êtres ;

De ce fait, il est juste que ces maux rejaillissent sur moi, qui ai nui aux autres. »

 

 - « Les puérils n’aiment pas la douleur mais sont fortement attachés à ses causes ;

Puisque le mal vient de leurs propres erreurs, pourquoi s’irriter contre autrui ?

Tout comme les gardiens des enfers et la forêt dont les feuilles sont des épées, les malheurs présents sont engendrés par mes propres actes.

Contre qui m’irriterai-je ?

C’est poussé par mes actions qu’apparaissent mes persécuteurs si, à cause de leurs méfaits, ils tombent en enfer, ne suis-je pas leur meurtrier ? »

 - « Si je suis incapable d’endurer même les menues souffrances actuelles alors, pourquoi ne pas me détourner de la colère, la cause des supplices infernaux ? »

 

- « Ses armes et mon corps sont tous deux causes de souffrances ;

Il a donné vie aux armes et moi-même à mon corps ;

Envers lequel m’irriterai-je ?

Si je m’attache aveuglément à l’abcès douloureux qu’est cette forme humaine ne supportant pas d’être touchée, envers qui m’indignerai-je quand elle est blessée ? »

- « Les honneurs des louanges et de la renommée ne m’apportent ni des mérites, ni la vie, ni la force, ni la santé, ni même le bien-être physique.

Si je savais ce qu’est mon bien, comment le verrai-je dans ces choses ? »

 

 - « Lorsque leurs châteaux de sable s’effondrent, les enfants se désespèrent ;

De même, quand renommée et éloges faiblissent, mon esprit est comme un enfant. »

 

- « Ainsi, ceux étroitement associés à la destruction de ma réputation ne me protègent-ils pas de la chute dans les mauvaises destinées ?

Moi-même qui œuvre pour ma Libération n’ai nul besoin de biens et d’honneurs ;

Pourquoi m’irriterai-je envers ceux qui me délivrent de ces liens ?

Pour moi, tourné vers la souffrance, telles les vagues de grâce des Eveillés, ils sont la porte m’évitant d’y être projeté.

Comment pourrai-je les haïr ? »

 

- « Comme l’esprit est immatériel, personne, d’où qu’il vienne, ne peut le détruire.

Il est affecté par la douleur physique en raison de son attachement au corps.

Si le mépris, les injures et les paroles déplaisantes ne peuvent nuire au corps, pourquoi, esprit, t’irriter à ce point ? »

 

 - « Parce que les autres ne m’aiment pas !

Pourtant, comme ils ne me mangeront pas ni dans cette vie ni dans les suivantes, pourquoi redouterai-je leur antipathie ? »

 

 - « Parce qu’elle fait obstacle à mes gains !

Mais, à l’encontre de mon désir, je devrai les abandonner, tandis que mes fautes seules garderont leur force.

Mieux vaut la mort aujourd’hui même qu’une longue vie par des moyens d’existence erronés, car, même si les gens comme moi vivent longtemps ils n’évitent pas les souffrances du trépas.

Une personne éprouve en rêve un siècle de bonheur ;

 - Où est ce bonheur au réveil ?

Une autre éprouve un instant de bonheur ;

 - Où est ce bonheur au réveil ?

Quand toutes deux s’éveillent, leur joie ne réapparaît pas.

Aussi d’une longue ou d’une courte vie :

 - Toutes deux ont leur fin à l’heure de la mort.

Après avoir longuement savouré le bien-être, après avoir gagné beaucoup, je m’en irai les mains vides comme dépouillé par les voleurs. »

 

 - « Ayant engendré l’Esprit d’Eveil en souhaitant le bonheur à tous les êtres, pourquoi m’irriterai-je lorsqu’ils le trouvent par eux-mêmes ?

Si je désire que tous les êtres deviennent des Eveillés vénérés dans les trois mondes, pourquoi m’affliger lorsque je les vois recevoir quelque misérable hommage ?

Nous nous montrons généreux pour un parent que nous devons nourrir ;

Qu’il pourvoie lui-même à ses besoins ne nous réjouirons-nous pas au lieu de nous emporter ?

Si je ne veux pas même cela pour les migrants, comment puis-je aspirer à leur épanouissement ?

Où est l’Esprit d’Eveil de celui qui s’indigne de la prospérité d’autrui ?

Que mon ennemi obtienne ou non quelque chose ou que ceci reste dans la maison du bienfaiteur, de toute façon nous ne recevrons rien.

Qu’il lui soit donné ou pas, pourquoi le jalouser ? »

 

 - « Qu’un ennemi soit malheureux, qu’y a-t-il là pour nous réjouir ?

Notre seul désir de lui nuire n’est pas la cause de son mal.

Et même s’il souffre comme nous le voulons, qu’y a-t-il là pour nous réjouir ?

Si nous répondons :

 - « J’en serai satisfait », quoi de plus misérable ?

C’est un hameçon intolérable que celui lancé par ces pécheurs que sont les perturbations !

Saisi par lui, nous serons cuits dans des chaudrons par les gardiens des mondes infernaux. »

 

- « Je ne serai pas impatient, avec la chaleur et le froid, la pluie et le vent, la maladie, l’emprisonnement et les coups, sinon le mal augmentera. »

 

- « Pour la satisfaction de mes désirs, j’ai enduré mille fois les feux de l’enfer mais n’ai accompli ni mon propre bien ni celui d’autrui.

Or, comme pour des maux infiniment moindres, de vastes desseins sont parachevés, je dois seulement me réjouir de ces souffrances qui dissipent les maux du monde. »

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